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	<title>Pour venger A.D.G. - 1947-2004</title>
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	<title>Nouveau, vient de paraître</title> 
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Papiers gommés


Chroniques parues dans Le Libre Journal de la France courtoise entre 1993 et 1995 sous le titre « Et c’est ainsi… ».. Une autre facette du talent d'A.D.G., dans la lignée d'Alexandre Vialatte. Un régal de drôlerie et de férocité. Malheureusement, certains passages ont dû être supprimés, en raison de lois votées depuis cette époque. Le Dilettante a jugé plus prudent de supprimer les passages posant problème. Leur emplacement est figuré en blanc, entre crochets, bien visibles, ce qui est finalement,  une forme d'honnêteté, d'autant que le titre l'annonce clairement. Que l'on se rassure, il reste beaucoup de texte autour, et du bon !

Extrait de la préface signée Emmanuel Pierrat :

« Cher A.D.G.,
[Dans J’ai déjà donné…] j’ai recensé tous les spécialistes de l’indignation procédurière qui pouvaient s’en prendre encore à vous, même ad patres. […] J’ai récidivé pour le cru de cette année. J’ai lu vos chroniques, crayon de censeur en main. Le verdict est encore pire. […] Maquiller les noms ? Arranger vos phrases ? Les édulcorer ? L’exercice en devenait grotesque.
Dominique Gaultier, le capitaine du Dilettante, a choisi d’afficher les couleurs ; en l’occurrence… le blanc. Vous vous souvenez sans doute de cette merveilleuse édition de Sexus d’Henry Miller : la censure officielle avait apposé des placards sur des paragraphes entiers, laissant en lieu et place de grands vides masquant la supposée pornographie du récit, et le rendant d’autant plus excitant. Eh bien, vous voilà érigé au même rang par le miracle moderne de l’autocensure, qui seule vous autorise à sortir à nouveau en librairie. »
Emmanuel Pierrat




On peut lire un extrait en le téléchargeant sue le site des Editions du Dilettante (voir notre page liens).











Aux éditions Le dilettante 

En librairie depuis le 5 mai 2008 – Prix : 25,00 € – 320 pages – Grand Format : 14 x 20,50 cm

Résumé :

A.D.G. C’est comme on aime ou tel qu’on le souhaite : Auteur de Dommages Graves, Appliqué à Déconsidérer la Gauche, Avide De Gaudrioles, etc. Dont acte avec cette goûteuse rafale de chroniques qui nous parvient, posthume, signée par le grand homme et parue entre 1993 et 1996 dans Le Libre Journal de la France courtoise (sic, un pur bonheur). Alors prenez place, dégagez du temps (c’est copieux), nouez la serviette (ça tache), tenez bien les couverts (c’est charnu) et mangez lentement pour bien recracher les douilles (poil au...). Au fil de la dégustation, il vous sera causé des Fastes de la France socialiste, du pelvis de Balladur, du père croque-mort d’Ariel Gravement Dombasle, de la pollution de l’Everest, de la mise à mort des femmes girondes chez les Dowayo, de l’actualité fortéenne (et de ses variations), de Roger Hanin, etc. Las, notre homme avait l’encrier bastonnant et un goût marqué pour l’uppercut de plume. Alors pour éviter la rogne des lapidés et la hargne des compissés, on a blanchi le texte, servi caviardé de ses passages les plus dérapants. Question : pourquoi le caviar, qui est noir, sert-il à désigner la censure, qui laisse la page en blanc? Interrogation vialattienne (la grande houle qui porte ses pages) à laquelle aurait sûrement répondu cet Artiste en Dérapages Gondolants : entendez A.D.G.


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	<title>"J'ai déjà donné..."</title> 
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		Toujours en librairie : le dernier polar inédit d'A.D.G. 


En 1991, A.D.G. rêve d’un comebaque littéraire. Il veut à la fois achever un polar mettant un point final aux aventures de Machin commencées avec Le Grand Môme en 1977 et étonner son monde avec un roman noir australien. Intitulé J’ai déjà donné… le premier livre était resté inédit jusqu’à ce jour ; le deuxième, Kangouroad movie, a paru en 2003.


A.D.G., c’est un style : avalanche de trouvailles argotiques, calembours et néologismes, de personnages libres et truculents, antihéros et vrais pieds nickelés qui apparaissent dès son premier roman La Divine Surprise (1971). La parodie n’est jamais loin et bouscule les limites habituelles du polar.


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Aux éditions Le dilettante 

En librairie depuis le 4 mai 2007 – Prix : 19,50 € – 288 pages – Grand Format : 14 x 20,50 - EAN : 9782842631390

L’ultime roman d’A.D.G, une voix singulière dans le polar français, qui remet en scène tous ses personnages de la « Série Noire » avec la Touraine et la Nouvelle-Calédonie pour cadre. Ce livre-testament a été écrit en 1984 et terminé quelques mois avant la disparition de l’auteur en 2004.

« Il est indubitable que tout instrument électrique plongé dans un liquide où est immergé un corps humain provoque une électrocution carabinée, c’est même un principe d’archi-merdre absolu. »


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  <item rdf:about="http://www.pourvengeradg.com/?32-la-foire-du-trone">
	<title>La Foire du Trône</title> 
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		Article d'A.D.G. paru dans le magazine "Zoom" en 1979. Le reportage photo était signé de François Lehr.

"Approchez, les amateurs ! Par ici les mateurs, venez voir les phénomènes en liberté, capturés par François Lehr ! Pour tous les goûts, pour toutes les joies, pour toutes les fêtes ! La Foire du Trône, ça trône et ça ne foire pas... N'ayez pas peur ! Demi-tarif pour les militaires, les militants, les mirliflores et les bonnes d'enfants"...

Hélas, comme on le sait, les bonnes d'enfants ne viennent plus à la Fête. D'ailleurs, il n'y a plus de bonnes. D'ailleurs, il n'y a plus d'enfants.

Ou plutôt, ceux qui arrivent sont des enfants perdus. Ils ne déboulent plus dans des landaux anglais mais sur des motos japonaises au milieu des frites, du staccato des loteries et des grosses cadences du disco.

Regardez-les, ces enfants. Ils ont la banane laquée, les santiag (hauts du talon et non pas du Chili comme ont voudrait nous le faire croire), le perfecto et la démarche vaine.

François Lehr les a phorographiés pour une autre fois, ces ba,des qui font peur. C'était celles de la porte de Vincennes. Il ne les diffuse, ses photos, qu'à l'étranger ; pour ne pas nuire aux teddys.

Mais pour l'heure, les loubards,les loups de l'ère Barre sont entrés dans Paris, Pelouse de Reuilly, à la Foire, ils viennent cerner les auto-scooters et se colleter avec des punching-ball, du poing et du coup de boule. La machine ne leur rend jamais leur cent balles et ne rend pas non plus les gnons.

Loubards chaloupeurs qui stationnent indéfiniment devant le grésillement d'antenne des petites tamponneuses trapues.

François Lehr a trente ans. Jusqu'à l'âge de 10 ans, il a promené une certaine mélancolie coloniale des Comores à Djibouti. 

Avant d'aller bourlinguer à la Foire du Trône qui est un bout du monde, il a connu la fête foraine à Bayonne où il poursuivait ses études. Au long des remparts où l'on allait vomir le mousseux tiède et trousser les filles, il a appris à aimer le factice ludique, entre les bagarres des bérets rouges et des bérets basques. Il le dit doucement, lui qui travaille sans décor :
- Mais tout cela n'est que façade...

"N'ayez pas peur, entrez, entrez ! Venez voir la femme la plus grosse du mode, allez ; tâtez !"

Monstrueuse excroissance de l'Ex-Croissance, Madame Rita, c'est son nom et 264 kilos, c'est son poids, exhibe à longueur de journée sa graisse antique. Le banquiste insiste. Qu'on touche, qu'on entre. Et d'ailleurs, voici sa culotte, c'est un hamac ! Qui dépasse l'énorme ? Le bonimenteur nourricier ou le spectateur peloteur ?

Ça ne fiat rien, entrez, entrez toujours pour voir !

Voici les géants. Ils sont deux, rivaux pour quelques centimètres. L'un est slave, l'autre est belge, l'un porte un masque et l'autre pas. Ils se chamaillent d'une baraque à l'autre pour la taille et la gamelle. Entrez vous mesurer avec les géants, ô petits monstres !

Puis François Lehr a fait une école de photographie. Pour apprendre la technique et s'en débarrasser. Il travaille maintenant chez Gamma mais, en tant que free lance, il a "couvert" la Marche Verte dans le désert jaune en 75 et puis cette année, suivant un baron fou qui traversait le Sahara en planche à voile, il est reparti pour la Mauritanie, le Sénégal et le Maroc. C'est un garçon très doux, François Lehr et il parle peu.

Mais approchez encore et plus près car, dans sa cage de verre, voilà la femme au serpent. Eve sous la morsure de l'Adam des tessons, elle se love-story en compagnie de son reptile favori. Et le comble, c'est qu'elle est superstitieuse, cette enfant du paradis forain.

- Pas de photo, dit-elle à François Lehr, ça porte malheur.

- Mon appareil porte bonheur, affirme Lehr, l'air convaincant.

Dans sa cage, le serpent respire car lui qui est cabot aime se faire tirer le portrait en compagnie de sa maîtresse. Et le ton du boa est beau, le soir au long du corps.

François Lehr a cherché l'insolite dans la Foire du Trône. Sans préjugé, parfairement au premier degré. Pas la peine d'aller dénicher des significations, les signes suffisent et l'objectif parle pour eux. Quand notre Lehr, angélique a parcouru récemment 3000 kilomètres au Zaïre sur la route du cuivre qui est en fer des rails (la vie duraille), il a traversé le ouesterne africain sans émotion apparente. Du moins, rétrospective, ce qui rime avec diapositive. Serait-il indifférent ? Non, mais il a un œil (au vrai, il en a deux et qui sont verts) à l'affut de l'humour, ce qui suppose une certaine distanciation.

Plus près, les petits, et approchez les grands, chez nous ça tourne à plein régime ! L'assiette au beurre ! Collés au mur comme des mouches que vous serez, m'sieur-dames ! Suspendus dans l'espace ! Les effets de l'apesanteur... Cuisses au vent, battus, chahutés, triturés, bousculés, vous en redemanderez. Voulez-vous les montrer encore, madame ? Passez sur notre soufflerie au sortir de la galerie des monstres, c'est vous qui SEREZ le spectacle avec votre jupe par-dessus la tête...

Et on rigole, encore et toujours ! Barbe-à-papa qui poisse, merguez qui assèche, bière qui saoule. A la tombola des gagne-petits, tout le monde a sa chance de repartir avec... NOTRE MAGNIFIQUE POUPÉE ! Ou le nounours, ou Goldorak. Ou un petit Mickey.

La musique hurle et déchire les tympans ? C'est pour mieux vous abrutir mon enfant. Le Grand-Huit n'est plus si haut qu'autrefois mais on s'embrasse toujours autant dans la Chenille des Neiges quand la capote se rabat. Ah, mon Dieu, fête ce qui plaît, plaie d'argent n'est pas mortelle !

Mais méfiez-vous, François Lehr était aux aguets qui vous a capturés pour une autre fête, celle des yeux. Au tir automatique (cinq balles dans le blanc central, c'est gagné), c'est lui qui a dégainé le plus vite avec son Nikon, plus vite que votre ombre.

Tout n'est que façade, c'est vrai mais au moins, la Fête l'affiche bien haut même si ça la fiche mal. Le plaisir est là, brut, efficace, sans lendemain et sans motivation - le vilain mot. Fugitive comme ses images, la Fête est une grosse bête mahousse qui, tard dans la nuit, met ses housses pour s'endormir quand les pantes (c'est ainsi que les forains nous appellent, frères-caves) ont quitté les allées de sable pour d'autres décors, ni moins ni plus vrais.
Approchez tout de même vers les toiles peintes et les baraques de balsa, vous ne le regretterez pas si votre porte-monnaie en souffre...

"Tout est façade", vraiment, François Lehr ?

Alors, en ce cas, bravo et merci d'avoir avalé celle-là, rétro, insolite et drôle qui s'appelle la Foire du Trône.
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	<title>Encore en librairie</title> 
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Pour venger A.D.G.


Documents et témoignages


Lorsque nous avons voulu préparer un petit hommage pour Alain Fournier (dit A.D.G.), l’exégèse docte et sorbonnarde de l’animal n’était pas encore venue. 
Il nous est apparu qu’il fallait donner la parole aux copains du copain sans 
essayer de découper le bonhomme en tranches. Car l’A.D.G. était entier, l’ami, l’écrivain et l’homme de conviction voisinant sans problème aucun dans cette boule d’humour.
On s’étonnera peut-être, pour ceux qui ne nous connaissent pas, de la présence un peu excessive de l’élixir de Noë dans cette évocation. Elle frise loin de la « fillette », plutôt vers le jéroboam. Ce n’est pas un hasard et il suffira pour se justifier de se rappeler la sentence du célèbre « philosophe » auvergnat : 
« Le zinc est le meilleur conducteur de chaleur humaine ».
Le génie d’A.D.G., outre un vocabulaire fabuleux, c’est un poudingue d’Albert Simonin, un zeste d’Ange Bastiani révisé par Bob Giraud modifié Bobby 
Lapointe. Il y a pire comme parrains. D’ailleurs, les hommages de la presse et ceux des amis d’A.D.G. qui composent ce livre portent encore la marque conjuguée de l’admiration et de l’affection.
Prenez-les sans pincettes, lisez-les sans œillères, j’allais dire : buvez-les sans bouchon. Comme nous le faisions ensemble sans façons, au Père 
Tranquille ou Chez Denise.
Jean-Baptiste Chaumeil
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114 pages, 16,5 € + port 2 €.&nbsp;
Editions Godefroy de Bouillon, 40 rue de la Croix-Nivert, 75015 Paris. 
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  <item rdf:about="http://www.pourvengeradg.com/?30-a-la-serie-noire">
	<title>A la Série Noire</title> 
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La Divine Surprise (1971)

« Mon papa à moi, il est truand. Des oreilles jusqu’au bout des doigts de pied. Comme il est toujours sapé comme un prince, ça ne se voit d’ailleurs presque pas. Je dis cela sans forfanterie aucune, comme tel autre vous émerveillerait en vous causant de son aïeul qui a fait les croisades ou tel encore avec son arrière-grand-père fournisseur-drapier de Napoléon III. Sans honte non plus. Puisque je prends la suite, une-deux, en avant arche, les gros fafiots des petites banques ne sortiront pas des fouilles de la famille Le Cloarec. »(Série Noire, n° 1429, rééd. en coll. Carré Noir, n° 545)




Les Panadeux (1971)

« Le dieu ricanait cruellement en faisant tomber ses ténèbres sur la ville. Les flics iraient à la caravane de Mario, ils trouveraient une perruque d’un beau noir de jais, des nichons en plastique, un revolver d’ordonnance qui avait servi, il y a pas longtemps, dans un terrain vague.
Ils iraient aussi chez Pascaline qui ne pourrait pas leur indiquer un bon coin de pêche, mais raconterait bien des choses.
Et ils relâcheraient Toto, Toto qui s’en irait de sa démarche otarine, une grande paix dans le cœur, Toto sous le soleil de cuivre rouge du crépuscule qui prendrait la route du midi, vers un pays où les appareils photo coûtent cent sous, où les putes se donnent sans rechigner pour une poignée de sable...
Est-ce que le dieu cruel lui laisserait sa chance ? »
(Série Noire, n° 1443, rééd. en coll. Carré Noir, n° 518)




La Marche truque (1972)

« Haute surveillance. Il n’était pourtant pas un homme dangereux malgré qu’on dise qu’il ait tué. On tue beaucoup plus parce qu’on a peur, presque jamais par méchanceté pure. D’ailleurs, les assassins de naissance n’étaient pas en prison et ne connaîtraient jamais l’enfer. Juste les panthéons et les arcs de triomphe. Il savait qu’il lui faudrait s’évader pour aller jusqu’au bout de SA défense, pour jouer la conservation de tout ce en quoi il avait cru. »

(Série Noire, n° 1473, rééd. en coll. Carré Noir, n° 554)


La Nuit des grands chiens malades (1972)

« Le mardi matin, c’était comme un dimanche à cause de la festivité, l’enterrement de Mlle de Sébillet. Souventes fois, quand on va à des obsèques, on se change pas, on y va comme on est, mais là, c’était pas du pareil au même, il y aurait du beau monde, fallait l’affutiaux correct.
Maupas avait mis un habit, ça fait que quand on a été boire le coup chez lui, avant la messe que pour une fois on irait, on avait l’impression d’être servi par un larbin de grande cérémonie, comme qui dirait chez les Rochilde. »

(Série Noire n° 1482, rééd. en coll. Folio n° 2224) – adapté au cinéma Par Georges Lautner sous le titre "Quelques messieurs trop tranquilles".




Les Trois Badours (1972)

« Je nous voyais pas très flambards avec notre piano, la guitare et la batterie fatiguée. Je le disais pas aux copains pour pas les décourager, mais de tels instruments pour un numéro de clowns, c’était pas trop sérieux. On faisait plus échappés de lyrique, raclures de concerts qu’amuseurs publics. Il nous aurait fallu un xylophone-nougat, de la clochette comme s’il en pleuvait, de la bouteille musicale, un saxo à paillette, à la rigueur une trompette rouge ou un bandoléon chamarré.

– On reprend, je dis, soyez pas sinistres, on bosse pas pour les Jeunesses Musicales de France ! »
(Série Noire, rééd. en coll. Folio policier, n° 229)



Cradoque's Band (1973)

« Un enterrement en achélème, ça serait plutôt rigolo, un côté hâtif préside à la cérémonie, laquelle prend de ce fait une allure de déménagement. Le corps de Marité avait été rendu à Grogembre qui n’en avait pas voulu dans l’appartement, l’avait laissé en dépôt à la morgue de l’hôpital mais on sait pourquoi le matuche tenait à ce qu’on fasse un crochet par son immeuble, histoire sans doute de montrer aux voisins qu’il faisait dans les règles et d’atténuer le furtif de l’affaire. C’est bien connu, on enterre toujours les assassinés discrètement, comme s’ils s’étaient rendus coupables d’une indélicatesse grave à l’encontre de la famille, un manque de savoir-vivre, justement. »



(Série Noire n° 1493, rééd. en coll. Carré Noir n° 373)


Berry Story (1973)
« …N’y a qu’à la campagne qu’on sait faire les différences entre les nuits, savoir aux parfums d’herbe qui montent vers le plafond noir et si c’est des ténèbres où les bichettes courent les bois ou si les sorcières nues aux seins frottés d’antimoine et aux colliers de vers luisants tiennent assemblée dans les clairières aux hauts chênes craquants. Chaque nuit n’a pas sa semblable, les bergers le savent qui dans leurs musettes, entre le quignon et la poignée de sel, ont une semaille d’étoiles à donner des migraines aux astronomes. »
(Série Noire n° 1586)


Je suis un roman noir (1974)

« C’est en me réveillant près d’elle, le lendemain matin, que je me suis aperçu de trois choses importantes et d’une kyrielle de petites conneries sans grande portée : d’abord, je l’aimais, Michelle, et on sait que ça vous vient comme une rage de dents, ensuite, que les Halles étaient vraiment détruites puisque je ne les voyais pas sous ses fenêtres, et enfin que je me prenais pour Phil Marlowe en plus brouillon. »
(Série Noire n° 1692, rééd. en coll. Carré Noir n° 468)



L'Otage est sans pitié (1976)
« Jean-Charles Botmarine ne s’était endormi qu’à minuit et demi. Sur son bureau, une caisse de bois 1900 avec des tiroirs fermant à clé, il avait reconstitué le truc. Une gomme était la camionnette Citroën, la boîte à trombones figurait la banque, deux stylos la rue, deux trombones étirés représentaient le passage. Lui-même était un mégot de cigarette mentholée.
Il apparut très vite que la meilleur solution consistait à barrer l’étroit passage avec une automobile. Charbo mit son briquet en travers des deux trombones. Le mégot était toujours entre les deux stylos, il le dirigea entre les deux trombones, tout à fait contre la gomme. Le mégot monta sur la gomme et lui fit son affaire puis ressortit à toute vibure entre les stylos. Charbo dut convenir lui-même que le briquet n’empêcherait pas les gens de la gomme de poursuivre le mégot. »
(Gallimard, coll. Super noire, n° 43)


Le Grand Môme (1977)

« Trois pièces, une cuisine, une salle de bains où je suis obligé d’entrer dans la baignoire pour me raser, j’ai aussi un téléphone, un répondeur d’icelui et un poisson rouge. En fait, ça n’est jamais le même poisson rouge et je ne comprends pas très bien ; quand j’étais gosse, mon grand-père aussi avait un poisson rouge mais c’était toujours le même. Les miens crèvent à une vitesse foudroyante, est-ce que ça vient de l’eau ou de la nourriture ou des petits graviers, je n’en sais rien mais je passe mon temps à repêcher des poissons rouges flottant sur le ventre, à les enterrer en forêt, à changer l’eau, à leur mettre des portiques pour qu’ils s’ennuient moins, des taillis en plastique et des guéridons nains pour l’apéro. »
(Série Noire, n° 1717), Titre en référence à son homonyme Alain-Fournier...

Juste un rigolo (1977)

« Une sorte de hideux iguane avec des pinces coupantes de homard et à l’abdomen visqueux se promenait sur mon corps nu et remontait lentement vers mon visage. Je ne pouvais m’en débarrasser pour la raison que je me trouvais au centième étage d’un building oscillant et que mes mains étaient occupées à maintenir un précaire équilibre. Quand il arriva sur mon visage, il leva sa tarière répugnante et déposa dans ma bouche entrouverte une kyrielle d’œufs sucrés et toute évidence vénéneux comme des boules de sureau. C’en était trop et je me réveillai, en sueur. »
(Série Noire, n° 1721, rééd. en coll. Carré Noir, n° 506)

Pour venger Pépère (1980)


« C’était notre manie de jouer les Hussards : entre l’élitisme et l’éthylisme, plus très jeunes gens de trente-cinq ans, nous avions choisi le cynisme morbide de ceux qui sont condamnés par la massification. Vilain mot qui commence comme massicot et finit comme dissection mais bref, nous étions de Droite rien que pour emmerder le monde qui d’ailleurs s’en fichait. Machin était le correspondant à Tours d’un journal nationaliste et quant à moi, j’étais inscrit avec délectation dans les rangs fort clairsemés d’un parti monarchiste à tendance légitimiste ; Cela faisait bien rire pépère qui votait communiste. »
(Série Noire n° 1806, rééd. en coll. Folio policier, n° 153)


Balles nègres (1981)

« …Guignol aussi le capitaine N’Tougou dans son habit chamarré rouge à parements d’or, nouilles torsadées et argentées aux épaulettes, constellé de décorations diverses et imparipennées et chaussé, je le jure, de charentaises à carreaux.
Si l’on exceptait sa carrure à la Amin Dada et le pistolet mitrailleur israélien qui faisait jouet dans ses grosses paluches, on aurait pu penser que le capitaine N’Tougou posait pour une opérette du Châtelet ou postulait à un emploi de liftier dans un grand magasin. »
(Série Noire, n° 1825)

On n'est pas des chiens (1982)


« Place du Palais, que les étrangers s’obstinent à appeler place Jean-Jaurès, des mobylettes criardes, chevauchées par des potes de couleur, remontaient les contre-allées impossibles, nonobstant les râleurs. Sur une table de marbre, Margot dégorgeait tout le vin qu’elle avait absorbé au cours d’une longue vie, vite tranchée. Aux Sablons, le conseil des sages était réuni autour du feu ancestral dérobé par Prométhée, le premier manouche et tout cela est manière de causer pour tromper la soif. »
« Avertissement : Cela allait sans dire mais il paraît que ça ira encore mieux en le précisant : quoiqu’elle puisse sembler réelle, la Touraine que je décris dans cet ouvrage, les précédents et ceux à venir, est celle de mon enfance. Elle est donc le fruit de mes souvenirs et de mon imagination dévoyée. Que personne, ni firme, ni personnages, ne s’y reconnaisse, ce serait être encore plus dévoyé que moi. 
Alain Fournier, dit Camille, dit A.D.G., 
né à Tours le 19.12.1947 »
(Gallimard, coll. Série Noire, n° 1862, rééd. en coll. Folio policier, n° 189)

Notre frère qui êtes odieux (1986)

« Simon mit la radio, entendit qu’on causait de l’influence de Lacan dans l’œuvre de J.P. Manchette et tourna le bouton jusqu’à ce qu’il trouve de la musiquette qui fait, tout ce qu’on voudra, bien moins mal à la tête. Il enfila le boulevard Raspail, descendit vers la rue du Bac jusqu’à la Seine qu’il traversa, suivit les quais puis rattrapa le boulevard Sébastopol. Il avait une petite idée qui n’était pas forcément bonne, mais alors là, si on tombait pile à chaque coup, ça serait plus une vie comme disent les infâmes tarés à qui on cause de la prolongation de ladite vie et qui ont la trouille de s’emmerder jusqu’à deux cents et peut-être plus ans. »
(Gallimard, coll. Carré Noir, rééd. en coll. Folio policier, n° 171)

Joujoux sur le caillou (1987)


« – Il est rien moche, ton pays d’adoption, ai-je dit à Machin qui m’attendait, tout fiérot, à l’aéroport de la Tontouta.
J’ai bien vu que je faisais de la peine au gros journaliste – qui avait d’ailleurs sensiblement maigri –, mais j’étais dans une humeur de chien dans ce petit matin grisé de Nouvelle-Calédonie qui n’évoquait pas du tout la carte postale exotique. Vingt-six heures coincé dans une bétaillère baptisée indûment du nom d’avion, des escales à piétiner devant un bar fermé (Bahrein), des boutiques qui n’acceptent pas l’argent français (Singapour) ou dans une annexe de La Mecque (Djakarta) où la salle d’attente était transformée en lieu de prière.»
(Série Noire n° 2089)

Les Billets nickelés (1988)

« J’ai dit qu’elle était plutôt moche mais ça n’était pas complètement vrai ; disons qu’elle se fagotait toujours comme une angliche dans des pantalons informes et des pulls avachis mais elle avait des yeux bleus extraordinaires et un sourire éclatant même si ses dents n’étaient pas d’un alignement parfait et pour peu qu’elle arrangeât sa coiffure de chien fou et qu’elle se fût un peu maquillée, elle eût pu figurer dans le Livre des Raccords. »

(Série Noire n° 2124)

C'est le bagne ! (1988)

« En fourgonnant dans son bric-à-brac, je finis par dénicher une bouteille pleine d’un assez exécrable scotch à l’étiquette d’un gros cerf dont je n’aurais même pas voulu comme after-chèvre et voulus lui verser une rasade dans le bouchon comme on fait en coup de chasse, mais le vieux drôle empoigna la boutanche et en têta au goulot une rasade impressionnante. A mon sens, ç’aurait dû l’achever mais bien au contraire, il se redressa sur son lit et me contempla d’un œil nouveau.
– Qu’est-ce que vous faites là ? grogna-t-il sans reconnaissance. »
(Série Noire n° 2134)


Kangouroad Movie (2003)

« Le soleil commençait enfin à décliner, rapidement maintenant, incendiant le ciel d’une violente couleur pourpre. Un vol de cacatoès galahs arriva en piaillant. Le rose vif de pâte d’amande de leur gorge tranchant sur le gris de leur plumage, mais, voyant que l’eucalyptus abritait notre pick-up, ils s’en détournèrent avec un ensemble parfait et partirent vers le soleil couchant, indignés, un éclair rose pâle balafrant le dessous de leurs ailes. »
(Gallimard, coll. « la Noire »)
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