Pour venger A.D.G.

1947-2004

Article (de saison)



Article paru dans Minute, 5 novembre 1980

Je suis le candidat de (la dernière) minute

Candidat de la dernière minute Puisque c’est comme ça, je me présente. Ils sont près de trente, sans compter tous ceux qui hésitent, à postuler la charge suprême et il y en a qui m’énerve.

À vrai dire, ils m’énervent tous, puisqu’ils sont désormais mes concurrents. Je me calme en songeant que leurs chances sont nulles alors que les miennes sont encore entières. En effet, comme Debré, j’ai pris le départ assez tôt. Comme lui, je suis tourangeau (mais moi, depuis plus longtemps) et souvent mon courrier est empli de colère (surtout quand j’écris à mon percepteur).

Comme Coluche, je suis d’une nature plutôt enveloppée. Je n’ai aucun mal a être plus drôle que lui.

Je suis dissimulé comme Rocard et mon brain-trust me donne d’aussi bons conseils que le sien : « Arrête de boire, me disent-ils, de sortir dans les boîtes de nuit, cesse de danser le ska. » Et toutes ces sortes de choses.

En revanche, je dois reconnaître que j’ai l’allure moins sournoise que Krivine, qu’entre l’abbé Gauchon et le révérend Le Pen j’ai l’air d’un communiant et que mon seul point commun avec Renouvin est le karaté.

Pour parler franc, je suis moins girond que Marie-France Garraud mais plus sexy que Garaudy. Comme Brice Lalonde, je ne refuse jamais un petit vert.

J’ai écris plus de romans que Mitterrand et moins de bêtises que Chirac. Cela me donne des droits littéraires indispensables à tout candidat qui doit se piquer de belles lettres et éviter de bafouiller. En ce qui concerne Giscard, je n’ai à lui opposer que mes heures de rentrée à la maison plus matinales que les siennes.

Bien entendu, tout ça ne fait pas un programme, mais à six mois de l’élection, je ne vois pas pourquoi je me fatiguerais. Regardez les autres, est-ce qu’ils sont cohérents ? Non, ce qui compte, c’est que, comme eux, j’ai réussi à glisser tellement de peaux de banane sous la semelle de mes camarades qu’en toute moralité on ne voit plus que moi dans ce journal comme candidat.

L’important dans ce genre de pince-fesse démocratique, c’est d’empêcher les autre de participer, pas de gagner, et je vous prie de croire que j’ai laissé du monde sur le carreau. Tel rédacteur en chef fut évincé parce que son grand-père cousait des casquettes dans le ghetto de Varsovie, tel autre parce qu’il allongeait inconsidérément ses copies, le dernier parce qu’on le soupçonne d’être vendu à l’Intelligence Service.

D’office, on écartera les reporters au motif qu’ils se font tirer dessus par des truands et que ce n’est pas convenable pour un futur président de la République. On envisagea bien un instant la candidature de Philippe Couderc, mais il est tellement désagréable avec les gargotiers qu’on n’osa pas imaginer ce qui arriverait si, élu, il était prié à dîner chez l’habitant.

En définitive, tout bien pesé, il ne restait que moi de disponible au moment délicat de la désignation suprême, à l’instant décisif de notre espèce de congrès d’Épinay ou de Metz, on ne sait plus. Est-ce parce que je suis souvent d’une vulgarité et d’un populisme aussi insoutenables que ceux de Marchais ? Ou bien parce que je suis royaliste…

A.D.G.




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